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Les énarques : une oligarchie autiste
Les élections présidentielles de 2002 et le référendum sur la constitution européenne de 2005 ont mis en évidence la fracture qui se creuse sans cesse entre les élites dirigeantes et le peuple français. A chaque avertissement, les dirigeants de gauche comme de droite nous disent qu’ils ont compris le message des Français, que les choses vont changer, que des mesures vont être prises. Mais rien n’y fait : la fracture s’est transformée en gouffre, et la nomenklatura ne comprend toujours pas le peuple. Mais comment le pourrait-elle ? Formée à l’ENA, loin des réalités et des problèmes quotidiens des Français, titulaire de nombreux privilèges et sans connaissance du monde de l’entreprise, l’énarchie ne peut pas déchiffrer les préoccupations de la « France d’en bas ». Technocrates omniprésents à tous les postes clés, les énarques sont tous formatés dans la même usine, l’ENA, où on apprend langue de bois, toute puissance de l’Etat et de l’Administration, où on inculque le dogme de la continuité et la peur des vraies réformes. Enfermés dans leur bulle, les énarques accaparent l’administration, les postes politiques et les directions des entreprises tant publiques que privées et sont devenus un vrai danger d’immobilisme pour la France. L’intellectuel Philippe Meyer a fait partie du jury de l’ENA. Il témoigne avoir eu l’impression d’avoir devant lui des « machines » totalement coupées des réalités. Pour Meyer, « être membre du jury à l’ENA équivaut à séjourner plusieurs semaines au cœur de la France abstraite, en compagnie de gens qui prétendent à diriger le pays et se targuent de le connaître et de le comprendre ». En leur posant des questions sur le rôle de l’Etat, Meyer a remarqué que toutes les réponses accordaient à l’Etat toutes les missions possibles : de la création d’entreprises aux transports, en passant par les traditions culinaires et la peinture. Aucun n’a suggéré la nécessité d’un moindre rôle de l’Etat. Dans ces conditions, comment réformer la France ? Car l’Etat c’est eux ! Déjà, Saint-Simon l’écrivait : « il n’est d’avenir qu’à la Cour ». Lorsque une telle règle est instaurée, que faire ? Comment parler de changement lorsque ces élèves énarques sortant de l’école avec un diplôme leur assurant carrière et privilèges à vie ? Si la France va mal, on leur apprend à créer une Commission ou un Observatoire. Si les statistiques économiques sont mauvaises, au mieux ils les cachent, au pire, ils les maquillent. D’autres pays ont de meilleurs résultats économiques ? Peu importe car améliorer nos résultats se ferait au détriment de la « justice sociale ». Pour toutes ces raisons, la France ne pourra en aucun cas changer avec ceux pour qui rien n’existe vraiment en dehors de l’Administration et des règlements. Il n’y a pas d’issue possible pour les Français si ce n’est de débrancher cette machine à fabriquer des clones experts en bureaucratie et surtout d’ouvrir les postes dont ils ont le monopole aux candidats du privé. |